Ausone et sa villa Lucaniacus

Pour retrouver cette villa il y a de maigres indications dans les textes anciens.

Dans une de ses lettres à son ami Théon Ausone indique brièvement comment parvenir chez lui.

<<Une marée te portera des rives de Domnotonus au port de Condat, si tu fais diligence, et si, pour remplacer le vent, quant le souffle te manquera, tu as soin de faire marcher ton navire à force de rames. Tu trouveras la sous ta main des chariots attelés de mules, et tu arriveras promptement à la villa Lucaniacus>>

Puis dans une réponse de Paulin de Nole à Ausone on peut lire:

<<Ou lorsque, retenu sous les voûtes de ton domaine de Lucaniacus, tu séjournes dans ce palais rival des monuments de Rome, et sous le prétexte de la grande proximité des lieux dira-t-on que tu passes ta vie dans le bourg de Condat ?>>

Un quartier de la ville de Libourne porte toujours le nom de Condat. Par Condat les romains désignaient les confluents. La ville de Libourne se situe justement à un confluent, celui de l'Isle et de la Dordogne. Il est donc probable que Condat désigne l'ancien port de Libourne.

A partir de ces renseignements, les archéoloques pensaient trouver cette somptueuse villa dans le Libournais. Dès qu'ils trouvaient les restes d'une villa romaine ils pensaient qu'elle pouvait être le Lucaniacus d'Ausone.

En 1806 Souffrain publiait un ouvrage sur la ville de Libourne. Il plaçait la superbe villa d'Ausone à Saint-Émilion au domaine qui s'appelle aujourd'hui Ausone.

Cependant il ne semble pas qu'Ausone ait vécu là. Pour Jean François Jacques de Calvimont, dernier baron des Tours à Montagne cette affirmation n'était pas valable. Ce lecteur passionné d'archéologie, donnait des informations sur des figurines soit en bronze soit en terre cuites qui avaient été déterrées dans un champ nommé Saint André. Montagne est une commune située à une dizaine de kilomètres de Libourne.

En 1841 Guinodie indique dans une chronique du 3 janvier qu'il y a trouvé des tuiles, des briques, des tronçons de colonne en marbre et en granit, un chapiteau de colonne aussi en marbre sculpté.

A la fin de 1843 des travaux agricoles faisaient découvrir deux statuettes en marbre de Carrare représentant Vénus et Diane trouvées aux milieux d'autres déblais de matériaux antiques.

En septembre 1845, Informé des découvertes réalisées, monsieur Rabanis, le président de la commission des monuments historiques se rendit sur place. Il fit un rapport à sa commission. A la lecture de ce rapport on comprend pourquoi le baron des Tours mettait en doute l'affirmation de Souffrain:

<<Au devant de la porte d'entrée du domaine de M.Corre, le grand chemin est jonché de débris antiques. Les moellons et les gravois qui forment l'empierrement de l'avenue ont été empruntés aux murs de la villa qui arrêtaient le soc de la charrue et qui a été détruite. Quelque part qu'on se dirige dans le jardin potager, dans les vignes, dans les terres, on marche sur des fragments et des ruines de toute espèce, tuiles romaines, briques parmentées, tablettes de marbre, tronçons de colonnes, etc.>>

A la fin il indique:

C'est une surface de plus de dix hectares, coupée en tous sens par des lignes de murailles qui, malheureusement, n'ont pas été relevées à mesure qu'on les rencontrait, de telle sorte que pour reconstruire le plan primitif de la villa, opération qui aurait été facile à l'époque des premiers défoncements et qui nous paraît des plus indispensables, il faudra de nouvelles fouilles et de nouvelles dépenses. Si l'on excepte les débris des grands édifices que possédait la ville de Bordeaux sous la domination romaine, on n'a jamais rencontré dans le département de la Gironde des ruines aussi importantes, ni plus riche théâtre d'exploitation>>

Les monnaies retrouvées sur place, le style des statues et des sculptures montrent que cette villa était du siècle d'Ausone. Elle avait au moins une baignoire et une piscine. L'utilisation du marbre de Carrare, la vaste étendue de cette villa sont des éléments qui peuvent prouver qu'elle était celle d'Ausone. Paulin ne compare-t-il pas le domaine de Lucaniacus à un palais rival des monuments de Rome?

Les trouvailles ont été dispersées. La statue de Venus est au musée du Louvre, celle de Diane au Musée d'Aquitaine, un Jupiter à l'Anguipède au musée de Libourne.

Cependant, compte tenu de la richesse des matériaux retrouvés, de leur époque des érudits en ont déduit que la villa d'Ausone se trouvait là et non à Saint-Émilion. Mais il s'agit là de suppositions. Il n'y a aucune certitude.

Pourquoi la plus belle villa d'Ausone était elle en Libournais et non à Bordeaux ou à Saintes ? L'héritage peut être, Attusia Lucana Sabina la femme d'Ausone appartenait à l'une des plus anciennes familles de Bordeaux. Saintes avait été la capitale des Bituriges Vivisques. La présence d'une bonne pierre de construction dans le secteur peut aussi être un argument. La pierre de Montagne est réputée pour sa solidité. Pour construire une aussi grande villa il valait mieux être proche d'une carrière de pierre. Il fallait aussi un espace suffisant pour construire une telle demeure. Mais ces éléments sont-ils suffisants. N'y avait-il pas quelque chose de rare comme la possibilité d'avoir un vin d'une grande qualité?

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