Suggestions pour créer des emplois
(Première partie)

L'énergie limite-t-elle la croissance ?

L'énergie n'est pas un facteur limitant la croissance. Les techniques évoluent et les sources d'énergie se diversifient. Entre 1973 et 1990 la production du Japon a triplé alors que la consommation d'énergie n'a pas augmenté. De plus, en France de nouvelles sources d'énergie peuvent être mises en place compte tenu des progrès réalisés et des expériences réussies à l'étranger. Je pense aux énergies solaire, éolienne et aux carburants d'origine agricole. Ces carburants offriraient, s'ils était utilisés en quantités importantes, de nombreux avantages. Ils stopperaient l'exode rurale. En brûlant ils restituent le gaz carbonique que les plantes nécessaires à leur fabrication ont pris dans l'atmosphère. Ainsi un cycle existe. Il n'en va pas de même pour les carburants d'origine pétrolière. Le carbone du pétrole vient du sous-sol et chaque année plus de deux mille cinq cent millions de tonnes de pétrole sont brûlées. Et pour brûler ce pétrole a besoin de million de tonnes d'oxygène. Il en est de même pour le gaz.

Mais le système économique dans lequel nous vivons est une guerre économique insidieuse. Il néglige l'homme et l'écologie au profit de la libre circulation des marchandises et des capitaux. Ici l'homme est au service de l'économie. Pour nous cela doit être l'inverse. Les carburants d'origine agricole ne peuvent pas remplacer le pétrole car la surface cultivable n'est pas suffisante. En outre ces carburants ont l'inconvénient d'être chers. Il faut donc diversifier les sources d'énergies renouvelables. Cependant le système de libre échange régulé met en priorité le respect de l'homme et de son environnement. Permettre à des hommes de vivre de leur travail, grâce aux carburants d'origine agricole, tout en permettant l'équilibre écologique est, pour nous, plus important qu'un prix bas obtenu en raison du mépris de l'homme et de son environnement.

Des capitaux pour les petites entreprises.

Le développement économique nécessite aujourd'hui une épargne importante. L'élévation du niveau des salaires, les contraintes qualitatives et techniques justifient et nécessitent l'utilisation de matériels de plus en plus performants, donc de plus en plus coûteux. Il est illusoire de croire qu'un pays puisse être compétitif s'il n'investit pas. Pour ce faire les entreprises ont besoin d'argent. Si leurs réserves ne leur permettent pas de payer leurs investissements elles doivent faire appel à l'emprunt et plus les taux d'intérêts seront élevés et moins les entreprises investiront car le coût des intérêts rendront les investissements non rentables.

Mais plus les entreprises peuvent investir, plus leur nombre est important, plus la société a de chances de voir son niveau de vie s'élever. Plus il y a d'entrepreneurs plus il y aura de chances de voir de nouvelles idées apparaître. De plus pour que la démocratie soit performante il faut qu'elle soit aussi bien politique qu'économique. I l faut laisser à tous la possibilité d'être actionnaire d'une entreprise et d'y faire entendre ses idées. Plus il y aura d'idées et plus la société avancera. Pour créer un vivier d'entreprises il faut commencer par créer la demande. Il ne sert à rien de subventionner la création d'entreprises ou les investissements s'il n'y a pas de marché. Ce genre de subvention ne sert qu'à alourdir les impôts des entreprises les plus performantes et crée des inégalités de concurrence entre celles qui reçoivent des subventions et les autres. En outre ce n'est pas à l'État de décider ce qu'il faut produire mais au consommateur de dire ce qu'il a envie d'acheter.

Chacun d'entre nous est un consommateur, chacun d'entre nous sait ce qu'il désirerait sur le marché et qu'il ne trouve pas. Un grand nombre d'entre nous est prêt à créer ou à aider à la création d'une entreprise qui satisferait ce besoin. Mais pour certains d'entre nous le risque financier nous fait reculer. Pour aider à la création d'entreprises il faut inciter fiscalement les contribuables à investir localement et à s'installer.

Il serait souhaitable que les contribuables puissent investir une somme qui ne serait pas assujettie par l'impôt dans de petites entreprises et des créations d'entreprises. Il serait intéressant de garantir à l'investisseur, compte tenu des risques, son capital. Il faut qu'il puisse retrouver son capital ou une bonne partie même si l'entreprise fait faillite. Il serait motivant pour l'épargnant de voir son investissement rémunéré de manière légale par un pourcentage minimum. De plus il faut garantir à l'entrepreneur un revenu même si celui-ci échoue. Il faut à l'entrepreneur la même garantie sociale que pour un salarié en cas de perte d'emploi. Tous les êtres humains ont besoin de se nourrir. Mais il faudra être très sévère envers les escrocs et tous ceux qui bénéficieraient des escroqueries afin de ne pas gaspiller l'épargne des honnêtes gens. Il ne faut pas non plus que la facilité de créer une entreprise conduise à faire n'importe quoi. Si la garantie du revenu de l'entrepreneur ayant fait faillite relève de l'État ou d'un régime du type Assedic celle du capital pourrait relever des banques et des assurances. Chaque entreprise faisant appel à cette épargne devra payer une assurance garantissant le capital. L'investisseur pourra désigner l'entreprise dans laquelle il désire investir ou laisser le banquier la choisir. Il aura les droits de tout actionnaire. Il pourra acheter ou vendre ses actions. Les opérations devront se faire sur un compte spécial et tant que les sommes ne seront pas sorties du compte elles ne seront pas imposables. Comme les banques et les assurances ne sont pas philanthropiques elles chercheront à obtenir le meilleur résultat ce qui garantira une bonne utilisation de l'épargne. Les entreprises seront plus proches du citoyen et leurs difficultés mieux comprises. Plus l'actionnaire et l'entreprise seront proches géographiquement et plus l'épargnant pourra faire entendre sa voix.

Augmentation de la production sans augmentation de la productivité

En ce qui concerne le logement on pourrait créer un fond au logement social. Cette somme serait ensuite prêtée sans intérêt aux ménages en commençant par ceux qui touchent le plus d'allocation logement. Le prêt pourrait se faire sur vingt ou trente ans pour l'acquisition d'une habitation principale et le ménage n'aurait à rembourser que les sommes prêtées sans intérêt. les remboursements seraient seulement majorés des frais de distribution que l'on veillera à maintenir aussi faible que possible. Pour garantir le logement au ménage il sera entendu que le remboursement pourra être interrompu durant une période ou échelonné en cas de difficulté. En contrepartie de ce prêt gratuit le ménage ne recevra plus d'aide.

Ainsi les caisses d'allocations familiales auront moins à débourser. Les sommes dégagées pourront servir en partie pour augmenter le fond au logement social et pour le solde à réduire les cotisations sociales sur les salaires. Les revenus salariaux s'élèveront ainsi sans que les frais des entreprises s'alourdissent. Ceci entraînera de nouveaux emplois, d'où une croissance du nombre de cotisants aux régimes sociaux et une diminution des chômeurs à indemniser, d'où une nouvelle baisse des cotisations sociales qu'il faudra s'empresser de concrétiser; afin de mettre le maximum de personnes en activité. Cette mesure coûte cher et n'apportera pas beaucoup d'emploi. Mais tout allégement de charge est intéressant pour les entreprises et le caractère social de cette mesure est important.

Il est une autre mesure déjà connue qui permet de relancer l'économie : une politique de grands travaux. Mais les grands travaux créent-ils plus d'objets de consommation pour les ménages? La réponse est bien sûr négative. Avec d'importants chantiers l'État emploie du personnel qui était auparavant au chômage. Ce personnel voit son revenu augmenter et peut acheter plus, ce qui induit une plus grande demande de biens et une plus grande production; si l'outil industriel peut s'adapter à la demande. En fait pour obtenir un redémarrage de la production l'État a injecté dans l'économie de l'argent par le biais des grands travaux. On peut obtenir le même résultat si l'État prend temporairement en charge, par exemple, une baisse de la TVA grâce à une création monétaire plus importante; à condition bien sûr que les citoyens utilisent ce revenu supplémentaire pour consommer et non pour épargner.

L'élévation du revenu des salariés due à une politique de relance de la consommation ne déséquilibrera pas la balance commerciale dans le système de libre échange régulé. En outre, une diminution des charges sociales induites par un meilleur fonctionnement de l'économie, des impôts proportionnellement plus faibles car partagés par un nombre de travailleurs en activité plus important, des entreprises qui produisent plus car il y a plus de consommateurs, ne peuvent qu'améliorer le rapport qualité prix des produits français. Ce qui permettra d'exporter et d'importer plus de produits. En fait cette politique ouvrira un peu plus la France sur le monde car elle augmentera les dimensions du marché.

Avoir une production plus grande n'implique pas forcément un environnement plus pollué. La construction de centrales d'épuration et de systèmes antipollution nécessite du travail. La lutte écologique peut et doit constituer un facteur de croissance. Là aussi le travail est immense.

Augmentation de la production par augmentation de la productivité

Une augmentation de la productivité signifie plus de production avec un même nombre d'employés. On peut envisager deux niveaux de productivité. Celui au sein de l'entreprise et puis celui de l'État français. Les entreprises sont obligées d'élever leurs rendements pour conquérir des marchés ou rester compétitives. L'État peut céder à la facilité et au lieu d'accroître sa productivité majorer les impôts. Seule la pression démocratique peut faire bouger les administrations. Il faut que des forces démocratiques contrôlent au plus prêt le fonctionnement des administrations et qu'elles en aient les moyens légaux et financiers. On peut s'étonner par exemple que la sécurité sociale française dont le budget est très important ne soit pas gérée par des élus au niveau de chaque région. On peut craindre qu'il y ait des gaspillages dans cette grande administration. Certains s'interrogent sur le fait que l'informatisation n'a pas entraîné une diminution des effectifs.

La productivité est la clé de la compétition. Elle permet de faire un même produit avec moins de temps et d'investissement. En France elle a augmenté ces dernières années. Dans la sidérurgie elle a été par exemple de quatre pour cent par an. Mais comme la production totale n'a pas augmenté à ce même rythme cela a entraîné des licenciements massifs.

Pour certains la machine tuera l'homme. Mais ils n'ont qu'à comparer leurs conditions de vie à celle de leur ancêtre pour en déduire qu'il n'en est rien. Bien au contraire, on assiste à l'élévation des revenus et de l'espérance de vie.

La productivité dégage de la main d'oeuvre. Celle-ci va pouvoir s'employer ailleurs et augmenter ainsi la production. Mais les compétences des personnes licenciées ne sont pas forcément celles qui sont requises pour occuper les emplois dans de nouveaux secteurs. De plus les nouveaux emplois ne se créent pas toujours là où il y a des licenciements.

Chez les futurs licenciés naissent des angoisses. L'avenir devient incertain. Les revenus vont manquer. Comment ne pas comprendre dans ce cas la résistance des salariés face aux menaces de licenciement. Mais devant le marché une entreprise est condamnée à s'adapter sinon elle fait faillite. De plus l'élévation de la productivité permet de faire baisser les prix, de mieux payer les employés, d'investir pour améliorer encore la productivité et la qualité, de réaliser des bénéfices plus importants. L'augmentation des rendements permet la compétitivité d'une entreprise, elle est donc vitale pour celle-ci. De plus elle seule permet d'améliorer la rémunération des salariés sans aucun effet inflationniste.

Un salarié ayant vécu de nombreuses années dans l'entreprise acceptera difficilement son licenciement. Mais ce même salarié trouvera logique et normal de pouvoir acheter le produit le moins cher même si celui-ci est fabriqué à l'étranger. Il ne se rend pas compte que c'est sa liberté d'achat qui produit son licenciement. Mais, ni l'école, ni les syndicats, ni les partis politiques n'ont ouvert les yeux de ce salarié. En cas de licenciement les risques de grèves deviennent plus importants, les salariés ne comprennent pas que c'est leur liberté d'achat qui condamne l'entreprise à débaucher. Ils peuvent reprocher à la direction des fautes de gestion, nul n'est parfait. Il est donc toujours possible de souligner l'erreur d'autrui. Mais nous vivons dans une économie de marché. Si les entreprises peuvent augmenter leur production et si cela leur est possible elles doivent tout faire pour cela. Mais le marché est forcément limité par les besoins des ménages et par leurs moyens. Une entreprise qui arrive à vendre plus dans un marché qui n'augmente pas condamne une ou plusieurs autres entreprises à débaucher ou à fermer. En outre pour qu'il y ait élévation du revenu réel des salariés il faut que la productivité croisse et cela implique une réduction du nombre de personnes employées pour la même production. Les licenciements font partie de la vie normale d'une entreprise. Le salarié en achetant moins cher augmente son pouvoir d'achat. Un patron en licenciant élève aussi le pouvoir d'achat de son entreprise. Ce sont deux faits similaires et surtout deux faits complémentaires. Pourquoi l'un serait-il plus normal que l'autre? On ne peut faire des produits moins chers que si l'on améliore la productivité. Pourtant lorsque les entreprises veulent licencier, elles doivent parfois affronter des grèves alors que leur situation financière peut être critique.

Dans ces conditions pourquoi un patron qui licencie serait-il plus coupable qu'un salarié qui choisit le produit le meilleur marché? On ne peut pas vouloir le beurre et l'argent du beurre. La faillite des sociétés communistes démontre que l'absence de marché, le maintien des salariés au sein d'une même entreprise quelle que soit la rentabilité ne permet pas l'élévation du niveau de vie.

Ceci dit le salarié licencié a de quoi s'inquiéter. Son revenu va diminuer alors que son licenciement n'est pas toujours du à une baisse de production de son entreprise et son avenir parait incertain. Cette situation n'est pas humainement acceptable. Dans notre monde technique où les besoins de chacun ne sont pas pleinement satisfaits nous pouvons et nous devons lui offrir des emplois. Ceci est une condition nécessaire pour que la production nationale augmente ce qui entraînera une élévation du niveau de vie. Et plus vite cet homme retrouvera du travail et plus vite le niveau de vie des français augmentera.

Le respect des équilibres régionaux source d'emplois et de richesses.

Nous avons vu que garantir l'équilibre de la balance commerciale permet une relance de la consommation. Mais cela ne veut pas dire qu'un gouvernement puisse faire n'importe quoi. Si la production n'augmente pas malgré une élévation des rémunérations cela va se traduire par de l'inflation. Pour qu'une relance économique soit possible il faut donc qu'il n'y ait pas de frein à la relance de la production. D'une région à l'autre la croissance et la richesse varient ce qui constitue des déséquilibres. Une étude de l'INSEE sur la croissance économique des régions relève que la croissance de 1988 et 1989 a renforcé la prépondérance de l'Île de France et creusé le fossé entre le produit intérieur brut par tête d'habitant de cette région et le reste de la France. Le PIB par habitant atteint à Paris 316 000 francs soit trois fois plus que la moyenne française et cinq fois plus que celui de la Creuse. Pourtant le rapport annuel du Comité de décentralisation, présidé par Jacques Voisard remis en janvier 1992 à Michel Delebarre, ministre de l'aménagement du territoire et de la ville conclu que l'Île de France et le Limousin constituent le couple de régions où l'État investit le plus par habitant.

Une politique de délocalisation entreprise par Edith Cresson et dont l'objectif est de décentraliser trente mille emplois est le début d'un rééquilibrage entre les différentes régions. Mais cela sera-t-il suffisant? Sûrement pas, on comptait, en 1991, sur Paris une demande de soixante mille logements sociaux dont trente mille demandes urgentes, pourtant l'État, en contradiction avec sa politique de délocalisation prévoie de créer dans son programme université 2000 quatre nouvelles universités sur huit en Ile de France. De plus la construction de nouveaux bureaux sur Paris continue. La situation de pénurie de logement sur cette ville est inflationniste. La demande étant importante et l'offre faible les loyers ont tendance à augmenter rejetant vers la périphérie les salariés les moins bien payés. Voir des travailleurs de la mairie de Paris à la rue au cours de l'année 1991 faute de trouver un loyer correspondant à leur salaire montre l'acuité du problème. De plus la concentration parisienne conduit inévitablement à une circulation plus dense, à d'importants embouteillages et à une pollution atmosphérique plus grande.

Pour être efficace la politique de décentralisation de l'État doit s'accompagner d'une baisse des investissements de l'État en Ile de France, par de puissantes incitations à la délocalisation des entreprises privées. On pourrait par exemple taxer les entreprises se situant dans un lieu de concentration afin d'alimenter un fond de décentralisation qui servirait à financer le déplacement des entreprises et la création d'entreprises dans des zones défavorisées. Ce fond pourrait aussi bien financer la construction de nouveaux locaux que l'acquisition de nouvelles machines pour des entreprises qui se délocaliseraient. Cette aide pourrait être modulée selon le niveau du chômage et la richesse de la région où l'entreprise s'installerait. Les dirigeants de l'entreprise devraient bien sûr s'engager à conserver celle-ci durant plusieurs années, sous peine de rembourser les aides fournies, afin d'éviter de voir certaines personnes revendre leur entreprise délocalisée et reformer la même en région parisienne en reprenant les clients. Cette pratique conduirait à l'échec de la délocalisation et à la richesse de ces personnes.

Il est à noter que la création d'un fond de décentralisation doit éviter de rendre la vie en région parisienne plus chère qu'ailleurs même si aujourd'hui c'est le cas en raison de la concentration. Pour ce faire les services aux particuliers comme les coiffeurs ou les hôtels-restaurants devront être exemptés de cette taxe tout comme les magasins de vente de détail. Les entreprises de vente par correspondance seront par contre taxées. La taxe de décentralisation ne doit s'appliquer qu'à des entreprises qui peuvent se décentraliser et à toutes celles ci.

En plus des emplois directs, les entreprises délocalisées permettront la création de nouveaux emplois dans le bâtiment et le commerce par exemple. Cela évitera, si les aides sont bien calculées le dépeuplement de certaines régions.

Cette mesure va à l'encontre de ce qui est pratiqué actuellement. Aujourd'hui c'est à l'être humain de se délocaliser pour aller chercher son travail. Demain se seront les entreprises qui devront aller vers les hommes. L'économie doit être au service des hommes.

(Deuxième partie)

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