Largo, success story française qui accélère sa croissance

Largo est la première entreprise française du reconditionnement à avoir été cotée en bourse. Fondée par Christophe Brunot et Philippe Francq, la société basée en Loire-Atlantique a construit son modèle autour d’une chaîne de production et d’un service après-vente entièrement gérés sur le territoire national. Dans un marché du reconditionné dominé par des plateformes qui sous-traitent à l’étranger, ce positionnement industriel local constitue le socle de sa trajectoire de croissance.

Reconditionnement en France : ce que le modèle Largo change concrètement

La plupart des acteurs du reconditionné en France fonctionnent comme des places de marché. Ils mettent en relation des reconditionneurs tiers, souvent situés hors de l’Hexagone, avec des acheteurs français. Largo a fait un choix différent : internaliser la production.

Chaque appareil passe par plus de 120 tests techniques répartis sur 37 points de contrôle. Ce protocole couvre l’état de la batterie, l’étanchéité, les capteurs photo, la connectivité et l’affichage. Le fait que ces opérations soient réalisées en interne, et non déléguées à un prestataire externe, permet à l’entreprise de maîtriser la qualité de bout en bout.

Le service client est lui aussi internalisé. En cas de panne, Largo propose un remplacement sous 72 heures, adossé à une garantie légale de deux ans. Les acheteurs disposent également d’une période de 21 jours pour tester l’appareil après réception.

Catalogue de produits Apple reconditionnés et gamme multimarque

Largo a d’abord construit sa notoriété sur les produits Apple reconditionnés, segment qui reste le plus demandé du marché français. Le catalogue couvre aujourd’hui plusieurs générations, de l’iPhone SE aux modèles les plus récents.

L’offre s’est progressivement élargie au-delà d’Apple :

  • Smartphones Samsung (gammes Galaxy S, Galaxy Z Fold, Galaxy Z Flip, Galaxy A)
  • Ordinateurs portables reconditionnés (MacBook, Dell, Lenovo, HP)
  • Tablettes (iPad, Surface Pro, tablettes Samsung)
  • Accessoires connectés (Apple Watch, AirPods, casques Beats)

Cette diversification répond à une logique de marché. Le reconditionné ne concerne plus seulement les consommateurs à la recherche d’un iPhone moins cher. La demande s’étend aux équipements professionnels, aux tablettes pour l’éducation et aux accessoires du quotidien.

Impact environnemental du reconditionnement : les données disponibles

Largo communique sur une réduction de 75 % des impacts environnementaux liés à la fabrication d’un smartphone grâce au reconditionnement. Ce chiffre s’explique par un constat partagé par l’ensemble du secteur : la majorité de l’empreinte carbone d’un téléphone se concentre dans sa phase de production (extraction des minerais, assemblage, transport intercontinental).

Reconditionner un appareil existant supprime cette étape de fabrication. Les opérations de remise en état (remplacement de batterie, d’écran, nettoyage logiciel) génèrent une empreinte nettement plus faible que la production d’un appareil neuf.

En revanche, les données disponibles ne permettent pas de comparer précisément l’impact environnemental de Largo à celui de ses concurrents qui reconditionnent aussi en France. Le périmètre de calcul varie d’un acteur à l’autre, et il n’existe pas encore de référentiel normalisé pour le reconditionnement.

Emploi local et cotation en bourse : une trajectoire atypique pour le secteur

L’entreprise revendique la création de 100 emplois en Loire-Atlantique. Pour une société du reconditionné, ce volume de postes locaux traduit un choix structurel : là où d’autres externalisent le reconditionnement dans des pays à coût de main-d’œuvre plus bas, Largo maintient sa chaîne de valeur sur un territoire restreint.

La cotation en bourse distingue également Largo dans un paysage où les acteurs du reconditionné restent majoritairement des entreprises privées financées par des levées de fonds classiques. Cette introduction sur les marchés publics offre une visibilité financière, mais expose aussi l’entreprise à des exigences de transparence et de reporting que ses concurrents directs n’ont pas.

La croissance du marché du reconditionné en France reste portée par plusieurs facteurs convergents : sensibilité environnementale des consommateurs, inflation sur les prix du neuf, allongement des cycles de renouvellement. Largo se positionne sur ce créneau avec un argument que peu d’acteurs peuvent avancer : une production intégralement française, du test technique au SAV.

Les limites d’un modèle 100 % français dans un marché mondialisé

Produire en France implique des coûts de main-d’œuvre plus élevés que dans les pays où sont installés la plupart des ateliers de reconditionnement. Cette contrainte pèse sur les marges et sur le prix final proposé au consommateur.

Largo compense en partie par la suppression des intermédiaires : pas de place de marché externe, vente directe via son propre site. Le modèle tient aussi sur la confiance. Un SAV joignable en France, un remplacement rapide en cas de problème et des tests documentés constituent des arguments de vente concrets face à des plateformes où l’acheteur ne sait pas toujours d’où vient l’appareil ni qui l’a reconditionné.

La question de la capacité de montée en charge reste ouverte. Internaliser toute la chaîne de valeur limite la vitesse de scaling par rapport à un modèle de marketplace qui peut agréger des dizaines de reconditionneurs tiers. Le choix de Largo privilégie la maîtrise qualité au détriment de la rapidité d’expansion.

Avec sa base industrielle en Loire-Atlantique, sa cotation en bourse et un catalogue qui dépasse désormais le seul univers Apple, Largo occupe une place singulière dans le paysage français du reconditionné. Le modèle repose sur un pari : celui qu’une production locale et un contrôle qualité rigoureux justifient un positionnement face à des concurrents plus agiles sur les volumes. Les prochaines années diront si ce pari résiste à la pression des prix et à l’accélération de la concurrence européenne.

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