La forme « vous en ferez » et la forme « vous en feriez » se distinguent par une seule lettre à l’écrit, et par un son que la majorité des locuteurs français ne prononcent plus de manière distincte. Ce flou phonétique alimente une confusion tenace entre futur simple et conditionnel présent, y compris dans des contextes professionnels ou académiques. Le problème ne se limite pas à une coquille : choisir l’un ou l’autre modifie le sens de la phrase.
Pourquoi la confusion futur/conditionnel persiste en France
La plupart des articles de grammaire expliquent la règle, puis passent aux exercices. Peu s’attardent sur la raison pour laquelle cette erreur résiste aussi bien aux cours de conjugaison. La réponse tient en partie à la phonétique du français hexagonal.
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En théorie, la terminaison -ai du futur se prononce [e] (son fermé, comme « é »), tandis que la terminaison -ais du conditionnel se prononce [ɛ] (son ouvert, comme « è »). Dans la pratique, cette distinction s’est effacée chez une large part des locuteurs en France métropolitaine. Les deux formes sonnent de la même façon, ce qui supprime le filet de sécurité auditif.

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Le Dictionnaire des francophones (DDF) relève d’ailleurs que cette confusion est bien plus fréquente en France qu’au Québec, où l’opposition entre les deux sons reste perceptible à l’oral. Les francophones québécois entendent la différence, ce qui les aide à écrire la bonne terminaison sans réfléchir à la règle. Ce décalage géographique montre que le problème est d’abord phonétique, pas grammatical.
Terminaison en -rez ou -riez : ce que le sens de la phrase commande
Quand on écrit « vous en ferez », on utilise le futur simple. L’action est présentée comme certaine ou programmée. Quand on écrit « vous en feriez », on bascule dans le conditionnel présent : l’action dépend d’une condition, d’une hypothèse, ou relève d’une formulation polie.
La différence de sens est nette dans ces deux phrases :
- « Vous en ferez part à votre équipe demain. » – Le futur simple pose un fait à venir, décidé. Aucune condition n’est sous-entendue.
- « Vous en feriez part à votre équipe si la direction validait le projet. » – Le conditionnel présent subordonne l’action à une condition exprimée par « si » + imparfait.
- « Vous en feriez quoi, à ma place ? » – Le conditionnel marque ici une situation hypothétique, une projection dans un scénario imaginé.
Le test le plus fiable pour trancher consiste à remplacer « vous » par « nous » ou « on ». Au futur, « on en fera » garde un son distinct de « on en ferait » au conditionnel. Si la phrase fonctionne avec « on en ferait », c’est le conditionnel. Si « on en fera » convient, c’est le futur.
Le conditionnel journalistique : un usage que l’école n’enseigne pas
Au-delà de l’hypothèse et de la politesse, le conditionnel remplit une fonction que les manuels scolaires abordent rarement : signaler une information non vérifiée. Les journalistes l’utilisent quotidiennement pour rapporter des faits dont la source n’est pas confirmée.
« Le ministre démissionnerait dans les prochaines heures. » Cette phrase ne dit pas que la démission est certaine. Elle indique que l’information circule sans confirmation officielle. Remplacez par le futur (« le ministre démissionnera »), et le sens change radicalement : la démission devient un fait acquis.
Ce conditionnel dit « de précaution » ou « d’atténuation » pose un problème pédagogique. Les élèves le rencontrent dans la presse, sur les réseaux sociaux, dans les titres d’articles, mais ne disposent pas toujours des outils pour le distinguer du futur. Le résultat : une confusion supplémentaire qui s’ajoute à celle, déjà bien installée, entre -ai et -ais.
Des contenus de formation en ligne et des micro-cours de grammaire commencent à intégrer cet usage dans leurs séquences pédagogiques, mais il reste marginal dans les programmes scolaires classiques.
Conjugaison de « faire » au futur et au conditionnel : les formes complètes
Le verbe « faire » appartient au troisième groupe et présente un radical irrégulier aux deux temps. Voici les formes à connaître :
| Personne | Futur simple | Conditionnel présent |
|---|---|---|
| je | ferai | ferais |
| tu | feras | ferais |
| il/elle | fera | ferait |
| nous | ferons | ferions |
| vous | ferez | feriez |
| ils/elles | feront | feraient |
Le radical « fer- » (et non « fair- ») est commun aux deux temps. C’est la terminaison qui change. Au futur : -ai, -as, -a, -ons, -ez, -ont. Au conditionnel : -ais, -ais, -ait, -ions, -iez, -aient.
La confusion est impossible aux première et deuxième personnes du pluriel (nous ferons/ferions, vous ferez/feriez), car les terminaisons diffèrent nettement. C’est à la première personne du singulier que le piège se referme, puisque « ferai » et « ferais » ne se distinguent que par un « s » muet.
Orthographe au baccalauréat : une exigence renforcée sur la conjugaison
Lors du lancement des épreuves anticipées de français du baccalauréat, le ministère de l’Éducation a appelé les correcteurs à davantage de fermeté sur l’orthographe. Les erreurs de conjugaison futur/conditionnel figurent parmi les fautes récurrentes signalées dans les copies.
Cette exigence renforcée donne un poids concret à la maîtrise de la distinction -rai/-rais. Une terminaison mal choisie dans une copie de français peut coûter des points, non pas comme faute de grammaire isolée, mais parce qu’elle trahit une incompréhension du sens de la phrase rédigée.
Pour les candidats, la méthode de substitution (remplacer par « nous » ou « on ») reste l’outil le plus rapide en situation d’examen. Elle ne demande aucune analyse grammaticale complexe et fonctionne avec tous les verbes, réguliers ou irréguliers.
La distinction entre « vous en ferez » et « vous en feriez » repose sur un écart de sens que l’oral français métropolitain a cessé de marquer. Tant que cet écart phonétique ne sera pas restauré dans l’usage courant, la règle restera un exercice de vigilance écrite, phrase par phrase.

