De la mort de Jeanne d'Arc à la conquête de l'Aquitaine

Charles VII, n'ayant pu décider les seigneurs à délivrer Orléans de son siège qu'en utilisant Jeanne D'arc, doit trouver le moyen de former une armée régulièrement payée. Une armée qui ne vive pas en détroussant les habitants des pays conquis.

Bien souvent les seigneurs ne participent aux conflits que pour agrandir leurs domaines ou leurs richesses. Le pillage des vaincus est très fréquent. Cette manière de faire ne peut qu'augmenter le ressentiment des vaincus envers les vainqueurs. Pourtant le pillage est un moyen pour les troupes de se payer. En outre plus la possibilité de vaincre est grande et plus les seigneurs sont prêts à se joindre aux attaquants. Cette liberté des seigneurs de disposer à leur guise de leurs troupes est un obstacle à la formation d'une armée. A cette époque les notions de nation et de patrie n'existent pas. La population dépend d'un seigneur qui a des droits soit par conquête soit par achat. Ce seigneur dépend ou non d'un suzerain.

Pour conquérir au plus vite de nouveaux territoires Charles VII, doit en plus de ses troupes régulières, demander à des seigneurs ou à des bandes armées de combattre pour lui. Il n'a pas les moyens d'entretenir une importante armée. Pour étendre son royaume il paye, plus ou moins, de temps à autre, des troupes disparates. Il n'a pas les moyens financiers pour les occuper à plein temps. Si les chefs de ces troupes veulent conserver leurs hommes il faut qu'ils se débrouillent. Pour ce faire ils pillent souvent les populations. Jeanne d'Arc avait été un moyen pour rallier quelques hommes à la cause de Charles VII. Cependant contrairement à ce qu'écrivent certains elle ne fut pas l'impulsion qui souleva les foules. Les troupes n'avançaient pas par idéal mais pour de l'argent. Si ce n'était pas celui du roi c'était celui de la population. C'était loin d'être le meilleur moyen de conquête. Lorsqu'il y avait des pillages les populations n'avaient qu'une envie: celle de se débarrasser des troupes envahissantes. C'est ainsi que la ville d'Aquitaine de Bergerac fit appel en 1435 aux troupes anglaises pour assurer sa sécurité. Cette ville conquise par les Français redevenait anglaise sans qu'aucune bataille ne soit livrée. C'était la seule volonté des habitants qui avait fait changer la ville de camps. Ils ne supportaient pas la présence des bandes armées qui sous divers prétextes venaient leur dérober le fruit de leur travail. Ces bandes ne menaçaient pas que les biens mais aussi les personnes. Viols et meurtres faisaient parti de leurs attributs.

A ce rythme là la guerre peut encore durer des siècles. Il faut trouver des moyens financiers pour conquérir un territoire important. Il faut également respecter les populations si l'on ne veut pas qu'elles joignent leurs forces à celles de l'ennemi.

Pour s'affranchir de cette gêne Charles VII décide, par ordonnance royale du 2 novembre 1439, d'alimenter le budget militaire par un impôt permanent, les troupes seigneuriales sont supprimées. Cette suppression ne concerne pas les troupes fixes des châteaux.

Pour les seigneurs, l 'absence de troupe est une possibilité de moins pour s'accaparer d'autres terres. Un impôt pour payer des armée royales c'est aussi un revenu en moins pour les seigneurs. Cette ordonnance n'est pas du tout appréciée. Cependant elle ne s'applique pas à tous les domaines féodaux. Certains sont alliés au roi de France mais ne dépendent pas de lui comme les domaines des Armagnacs ou ceux du duché de Bretagne. Cette ordonnance est très importante car elle sonne le glas des batailles entre les seigneurs du royaume de France. Cette loi est inacceptable pour la noblesse même le comte de Dunois la conteste mais il se range très vite au côté de Charles VII.

En 1440 la haute noblesse se révolte contre cette ordonnance. Le Comte de Richemont mate cette révolte. Charles VII a maintenant des moyens financiers et humains plus importants et plus sûr pour conquérir le reste de la France.

Des historiens font remonter la fin du moyen âge à l'époque de la bataille de Castillon. Mais ce n'est pas une bataille qui marque la fin de cette période mais bien cette manière de gérer le royaume. L'armée de Charles VII n'est pas seulement supérieure en nombre. Elle est aussi supérieure techniquement. Les frères Bureau ont créé des pièces d'artillerie performantes. Les murailles des forteresses pourront être détruites plus facilement.

La prise de la Guyenne se fait en plusieurs campagnes. Le conseil du roi de France décide de commencer par Bergerac. Cette ville frontière a été reprise par les anglais en 1435. Les remparts sont bien entretenus et sont équipés de pièces d'artillerie.

Jean de Blois comte de Penthièvre aussi appelé Jean de Laigle est chargé de prendre le contrôle de cette ville. C'est un voisin de Bergerac. Ses domaines sont Périgueux et ses environs. Ses Troupes ne sont pas assez nombreuses et il n'est pas suffisamment équipé pour cela. Il se contente donc de la campagne environnant Bergerac. Il n'y rencontre pas de résistance. Les seigneurs ont l'habitude de se rendre au plus fort. A quoi bon résister si c'est pour perdre son domaine et peut être sa vie.

Bientôt arrive des troupes avec leurs chefs prestigieux comme Pothon de Xantrailles. Pour éliminer l'obstacle que constituent les murailles il y a aussi Jean Bureau avec son artillerie tant redoutée par les Anglais. Le siège de Bergerac peut commencer. Le 6 octobre 1450 les troupes de Charles VII entrent dans Bergerac. La prise de la ville a été négociée. Les troupes anglaises quittent la ville en bon ordre. Elles sont nombreuses et auraient pu soutenir un long siège. La ville conserve ses privilèges. Malrigou De Bideran, capitaine de la garnison, a pensé aussi à lui. Il rend Biron et Montferrand mais se fait reconnaître la possession de Rousille. Il ne pourra plus être poursuivi ainsi que ses compagnons pour tout ce qui aurait pu leur être reproché. Il reconnaît comme suzerain le roi de France. Désormais ses hommes combattront aux côtés des troupes de Charles VII.

Jean de Blois comte de Penthièvre continue sans trop de difficultés sa conquête de la Guyenne anglaise. Il s'avance jusqu'à Castillon. Cette place n'entend pas ouvrir ses portes sans résister. Le propriétaire de ces lieux a des liens étroits avec l'Angleterre.

Alors que des troupes attaquent Bergerac d'autres, commandées par Amanieu, sire d'Orval, attaquent Bazas et s'en emparent. Forte de ce succès ces troupes vont jusque devant Blanquefort. Mais les troupes au service de Charles VII ne sont pas assez nombreuses. Le premier novembre 1450 les troupes d'Amanieu soit 3 000 à 4 000 hommes sont attaquées par le maire anglais de la ville de Bordeaux, Galifer Sherboise, accompagné d'environ dix mille hommes. La plupart de ses hommes ne sont pas des Anglais. Ce sont des soldats de la région. Les troupes d'Amanieu doivent battre en retraite.

En mai 1451 Les armées de Charles VII, roi de France arrivent en Aquitaine. Le Dunois est à la tête des troupes qui prennent facilement Montguyon. Beaucoup de places fortes ouvrent leurs portes sans résister. Mais ce n'est pas le cas ni de Blaye ni de Fronsac.

Blaye est un point stratégique. Sa position avait déjà été remarquée par les romains qui en avaient fait une place forte. Les troupes du Dunois arrivent le 15 mai devant cette défense. Le 17 mai ces troupes sont rejointes par Jean de Blois comte de Penthièvre et le gros de ses troupes dont Jean Bureau et son artillerie. Il ne reste près de Castillon qu'une faible garnison. Après la prise de Blaye les troupes se dirigent vers Fronsac.

Le 22 juin Dunois commence l'attaque de cette place forte. Elle est considérée comme le verrou de l'Aquitaine. Le 29 juin 1451 les défenseurs se rendent. Bien que l'artillerie des troupes du roi de France ait été modernisée par les Frères Bureau les places fortes de Blaye et de Fronsac ne sont pas détruites. Des troupes du roi de France occupent les lieux.

Les Bordelais n'ont pas attendu la chute de Fronsac pour commencer à négocier leur ralliement au roi de France. Dès 12 juin ils ont signé un traité. Ils ont négocié avec les représentants de Dunois les conditions de la chute de la ville sans combat. Non seulement ils obtiennent la garantie de conserver leurs privilèges mais ils en obtiennent d'autres, en contrepartie de quoi, si les Bordelais n'ont pas de renforts anglais dans les onze jours ils s'obligent à remettre le reste de la Guyenne le 24 du même mois. En théorie aucune autre ville française ne sera plus avantagé que Bordeaux. Les Bordelais pourront avoir leur parlement. Le 30 juin, le lendemain de la chute de Fronsac, Dunois entre dans Bordeaux avec ses trente mille hommes.

L'armée de Dunois a pour consigne de respecter la population de ne pas se livrer au pillage. Cette armée est disciplinée. Cette conquête a fait relativement peu de morts. Il n'y a pas eu beaucoup de combats.

Cependant la conquête de l'Aquitaine n'est pas tout a fait terminée. Les habitants d'une importante ville comptent bien résister à l'envahisseur. Les Bayonnais ne souhaitent pas dépendre du roi de France. Les émissaires de Dunois subissent les tirs de la défense bayonnaise. Dunois doit se déplacer avec son armée pour convaincre les habitants de cette ville. Tirer sur les émissaires était chose facile et ils ne s'en étaient pas privés, mais faire face à une armée de trente mille hommes équipée de la meilleure artillerie du moment n'est pas pensable. La ville de Bayonne résiste un peu mais l'issue du siège ne fait aucun doute. Il est plus raisonnable de négocier l'ouverture des portes de la ville.

D'après ce qui a été rapporté, sans doute pour se faire pardonner leur résistance, les habitants dirent avoir vu dans le ciel une croix blanche qui les persuada que Dieu leur commandait de quitter la croix rouge des anglais pour la croix blanche des français. La garnison fut livrée au Dunois mais la ville échappa au pillage moyennant le paiement de quarante mille écus.

Toute l'Aquitaine est donc maintenant française. Mais on n'efface pas des liens séculaires aussi facilement. Pour se révolter contre l'envahisseur français tous les arguments sont valables. La noblesse d'Aquitaine s'est engagée à servir maintenant Charles VII. Certains tiendront leurs promesses mais pas les autres. Pour les Bordelais Charles VII ne respecta pas le traité, les impôts furent plus lourds que prévus. Ils ne pensaient pas payer l'impôt que Charles VII avait décidé, par ordonnance royale du 2 novembre 1439. Cet impôt sert à financer les armées royales. De plus les Anglais étaient de bons clients pour les viticulteurs locaux et la culture de la vigne est très importante, si bien que la misère commence à gagner les campagnes et le retour des anglais est souhaité.

L'administration mis en place lors de la chute de Bordeaux n'est pas adaptée à la ville. Jean Bureau a été nommé maire. Cependant, en raison des multiples tâches effectuées par celui-ci, c'est un breton, le sénéchal Coëtivy qui gère effectivement l'administration. Pour ce faire il a fait appel à ses connaissances bretonnes pour occuper les postes importants. A cette époque la langue française n'existe pas. Il n'y a pas d'Académie pour indiquer le bon usage du français. Il n'y a pas encore de langue officiel. Les Bretons parlent breton, certains d'entre eux comprennent la langue d'oïl mais en Aquitaine c'est la langue d'oc que la population parle et comprend. Cette barrière linguistique ne peut que conforter les Bordelais dans leur désir de se libérer du joug des troupes de Charles VII.

Les nobles gascons, dont un certain nombre ont des liens familiaux avec les Anglais, ont vu leurs châteaux confisqués, pendant un certain temps. Cette sanction devait être levée. Ils ont prêtés serment le 30 juin 1451. Ils ont juré de se rallier à Charles VII. Pourtant ceux qui gardent leurs biens ne sont pas pressés de le leur rendre.

De plus un certain nombre de prélats sont pour la présence anglaise. C'est le cas de l'archevêque Pey-Berland mais celui-ci est modéré il ne veut pas faire couler le sang. Le doyen de Saint Seurin n'a pas cet état d'âme. Il collecte de l'argent pour aider Pierre de Montferrand sire de Lesparre à recruter des soldats. Ces nouvelles recrus ne sont pas des mercenaires anglais mais des gascons.

D'autres nobles gascons préparent la révolte. Enrôler la population ne suffira pas à faire face à l'armée bien entraînée de Charles VII. Il faut qu'une armée organisée soutienne les insurgés pour que ce soulèvement puisse aboutir. Les troupes anglaises pourraient jouer ce rôle. Il faut aller chercher ce soutien. Pour ce faire en août 1452 une délégation dont font partie Gaston de Foix de Grailly avec son fils et le Sire de Lesparre va en Angleterre. Les Anglais veulent prendre leur revanche après les défaites qu'ils ont subis face aux troupes de Charles VII, mais ils ne pensaient pas commencer leur attaque par la Guyenne. Les Gascons arrivent à les convaincre de changer leur projet.

Suite --

Quelques liens vers des pages du site

Voici quelques liens parmi les centaines de pages et les nombreuses rubriques de ce site.

Liste des pages sur l'histoire

Liste des pages sur le Libournais

Liste des rubriques du site

Page d'accueil

Cette page est conforme aux normes valables sur Internet XHTML 1.0 Strict et CSS2